Les jeunes : protagonistes de la transformation sociale, dès aujourd’hui.
« Les jeunes peuvent changer le monde. »
— La Maison universelle de justice, 3 janvier 1984 (lettre adressée aux jeunes du monde)
Comment les communautés peuvent-elles libérer le potentiel des jeunes au Luxembourg ?
« L’avenir ».
Les « dirigeants de demain ».
La génération à venir.
La jeunesse est souvent perçue comme une période de transition : un temps où l’on se prépare encore, où l’on apprend, où l’on a besoin d’être guidé, dans l’attente du moment où l’on pourra enfin assumer des responsabilités et contribuer à l’avancement de la société.
Le monde d’aujourd’hui offre certes des possibilités sans précédent, mais il est également façonné par des forces telles que l’individualisme, la polarisation et le matérialisme, qui influencent de plus en plus la manière dont les jeunes se perçoivent et voient le monde qui les entoure. Si les réseaux sociaux et les divertissements ouvrent de
nouvelles possibilités d’apprentissage et de connexion, ils peuvent aussi favoriser la compétitivité, l’isolement et une conception de la valeur personnelle et de la réussite fondée sur des critères extérieurs. Beaucoup grandissent aujourd’hui dans un monde marqué par l’anxiété, l’incertitude et une distance croissante entre les générations.
Mais que se passe-t-il lorsque les jeunes sont reconnus, non pas d’abord à travers les difficultés auxquelles ils sont confrontés, mais pour les qualités et les capacités uniques qu’ils possèdent et qu’ils peuvent développer ? Que se passe-t-il lorsqu’ils trouvent des espaces où ils peuvent exprimer leurs idées, où on leur fait confiance en leur confiant des responsabilités, où ils sont encouragés à consulter, à prendre des initiatives et à découvrir des voies de service porteuses de sens ? Comment l’énergie et l’idéalisme propres à cette période de la vie peuvent-ils être libérés et orientés vers le bien commun ?
Le printemps de la vie

Les enseignements bahá’ís proposent une vision profondément différente de la jeunesse. Plutôt que de considérer les jeunes comme des récipients vides qu’il faudrait remplir, ils reconnaissent en chaque jeune femme et chaque jeune homme une nature noble et un immense potentiel qui se déploie par la réflexion, l’action et le service.
Au lieu de voir cette période de la vie comme une simple préparation aux responsabilités futures, les écrits bahá’ís la décrivent comme le « printemps de la vie », « caractérisé par la force et la vigueur » (‘Abdu’l-Bahá) : une période unique durant laquelle les capacités spirituelles, intellectuelles et morales peuvent trouver leur expression dans le service au monde qui les entoure.
Cette vision reconnaît chez les jeunes l’énergie, le courage, l’espoir, l’ouverture au changement, la générosité et un sens aigu de la justice : autant de qualités susceptibles de devenir de puissantes forces de transformation sociale. À mesure que ces potentialités se développent, les adolescents découvrent un sens renouvelé de leur raison d’être et de leur appartenance. Ils apprennent à se considérer non plus comme les bénéficiaires d’un rôle qui leur serait réservé dans l’avenir, mais comme des protagonistes du développement spirituel et matériel de leurs communautés.
Dans des contextes très divers à travers le monde, les expériences menées montrent de plus en plus la capacité d’une éducation morale et spirituelle, inspirée par le principe de l’unité de l’humanité, à libérer les forces inhérentes aux jeunes et à favoriser l’émergence de mouvements caractérisés par l’esprit d’initiative, la résilience, la soif de connaissance et l’engagement en faveur de l’amélioration de la société.
La question n’est donc plus de savoir si les jeunes ont la volonté ou la capacité de contribuer, mais plutôt :
comment les familles, les communautés et les institutions peuvent-elles créer des environnements propices au développement de ces capacités ?
Comment ces qualités peuvent-elles être orientées vers des voies de service porteuses de sens, capables de renforcer la cohésion sociale et de contribuer à l’avancement de leurs communautés ?
Les camps d’été : une expression concrète de la cohésion sociale
Depuis de nombreuses années, la communauté bahá’íe du Luxembourg, accompagnée d’un nombre croissant de collaborateurs, est engagée dans un processus d’apprentissage à la base autour de ces questions. À travers le pays, ce processus se déploie déjà au fil d’innombrables conversations, relations et initiatives locales qui font progressivement émerger de nouveaux modèle de vie communautaire.

Les enseignements tirés de cette expérience suggèrent que ces capacités ne sont pas destinées à se développer de manière isolée. Elles s’épanouissent plus naturellement dans des espaces collectifs – groupes de jeunes, camps et rencontres – où les jeunes apprennent les uns aux côtés des autres, nouent de véritables amitiés, assument progressivement davantage de responsabilités dans les efforts de construction communautaire de leurs quartiers et découvrent que leur propre progrès est indissociable de celui des autres.

Au cœur de ce processus se trouvent les groupes de préjeunes qui se réunissent régulièrement dans des quartiers et des communautés locales à travers tout le pays. Ces rencontres hebdomadaires s’inscrivent dans le Programme d’habilitation spirituelle des préjeunes, un ensemble de cours éducatifs de l’Institut Ruhi destiné aux jeunes de 11 à 15 ans. Par l’étude, la réflexion, la consultation et le service, le programme aide les participants à découvrir la noblesse de leur véritable identité, à renforcer leurs relations et à libérer leurs capacités afin de contribuer au développement spirituel et matériel de leurs communautés.
Inscrits dans des processus plus larges de construction communautaire auxquels participent enfants, jeunes, familles et autres habitants, les jeunes sont encouragés à réfléchir aux réalités de leurs quartiers, à consulter ensemble et à traduire leurs réflexions en actions, afin de répondre collectivement aux défis auxquels ils sont confrontés : qu’il s’agisse de renforcer la vie du quartier ou de répondre à des préoccupations environnementales ou sociales. Leur énergie trouve ainsi progressivement son expression dans des initiatives tournées vers le bien commun. Ils commencent également à reconnaître et à cultiver le pouvoir de la consultation, de la coopération, de la justice, de l’unité, de l’amour et de l’espoir comme autant de forces concrètes capables de contribuer à la transformation sociale.
Les camps organisés au fil des saisons viennent compléter ce processus continu en réunissant des groupes de différentes localités afin d’explorer certains thèmes, de renforcer leurs capacités et de tisser des liens. Dans la perspective de voir se multiplier à l’avenir les camps organisés localement, ces moments collectifs offrent l’occasion d’échanger des expériences, de s’encourager mutuellement et d’approfondir les habitudes d’étude, de service et de vie communautaire qui se développent déjà dans les quartiers. En vivant, réfléchissant, servant et apprenant ensemble pendant plusieurs jours, les jeunes participants peuvent faire une expérience plus profonde des modes de vie communautaire qu’ils cherchent à construire dans leurs propres localités.

Au début de cet été, deux de ces camps ont réuni des préjeunes et des jeunes issus de groupes locaux à travers le Luxembourg. À première vue, ils peuvent ressembler à de nombreux autres rassemblements organisés pendant les vacances scolaires : jeux, sport, musique, activités artistiques et conversations autour d’un feu. Pourtant, ces camps ne sont conçus ni comme de simples moments de divertissement ni comme des événements isolés. Ils constituent plutôt des périodes d’une intensité particulière au sein d’un processus éducatif plus vaste qui se poursuit tout au long de l’année.
Lueurs d’espoir: camp d’été à Remerschen
Le premier rassemblement, organisé au début de l’été, a réuni 43 préjeunes et 11 jeunes animateurs issus de quartiers de différentes régions du Luxembourg, reflétant la remarquable diversité culturelle et linguistique du pays. Parmi les participants se trouvaient des jeunes luxembourgeois ainsi que des jeunes issus de familles d’origine kurde, syrienne et ukrainienne.

Mis en œuvre localement, le programme cherche à aider les jeunes à se développer spirituellement et intellectuellement et à prendre part à l’avancement d’un monde toujours plus uni et pacifique. Pour beaucoup, l’une des découvertes les plus marquantes a été de réaliser que le petit groupe auquel ils participent chaque semaine s’inscrit dans un mouvement de jeunes beaucoup plus vaste.
« Rencontrer des jeunes de mon âge venus de tout le pays m’a aidé à comprendre que, malgré nos origines différentes, nous partageons tous ici un même objectif »,
– a expliqué l’un des préjeunes.
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« Ici, je ne me sens pas jugé. Je peux vraiment être moi-même. […] Quand quelqu’un fait une erreur, personne ne se moque de lui. On s’entraide »
a confié un garçon de 12 ans. De nombreux jeunes participants ont décrit les groupes de préjeunes auxquels ils participent chaque semaine comme
« un espace sûr, où nous sommes libres d’exprimer nos sentiments comme nous ne le ferions pas à l’école ou dans d’autres contextes »



Tout au long du camp, les participants ont alterné études, jeux coopératifs, expressions artistiques et consultations. Les conversations ont porté sur des thèmes tels que l’amitié, la justice, le courage et la noblesse inhérente à chaque être humain, non comme de simples concepts abstraits, mais comme des principes qui, lorsqu’ils sont traduits en actes, peuvent transformer de l’intérieur les écoles, les familles et les quartiers.
Pendant quatre jours, ils ont fait l’expérience concrète du pouvoir de ces principes. Au-delà des discussions sur la consultation, la coopération ou la bienveillance en tant qu’idéaux, ils ont développé leurs capacités à écouter, à faire preuve d’empathie, à consulter et à traverser ensemble des moments de frustration. Ils ont ainsi découvert que l’unité ne se renforce pas en évitant les différences, mais en apprenant à les aborder de manière constructive.
« Ce sont des principes qui nous aident à interpréter notre réalité. Si nous n’en avons pas, nous risquons de mal l’interpréter »
– poursuit un animateur de 18 ans.
Un fort esprit d’unité est également devenu de plus en plus tangible au fil des jours. Lorsque des désaccords surgissaient, les participants étaient encouragés à consulter ensemble plutôt qu’à chercher à déterminer qui avait raison ou tort. Comme l’a observé l’un des accompagnateurs adultes :
« Après quelques jours, ils venaient nous dire : “Nous avons eu un problème, mais nous l’avons résolu nous-mêmes.” »


De petits actes de service ont également fait naturellement partie de l’atmosphère joyeuse du camp. Sans qu’on le leur demande, certains débarrassaient les tables après les repas, rangeaient les espaces communs ou cherchaient simplement comment aider les autres. Tout au long de la semaine, une activité appelée « ami secret » invitait chacun à accomplir anonymement des gestes de bienveillance envers une autre personne : petits mots écrits à la main, paroles d’encouragement ou actes de service inattendus.

Des qualités telles que la générosité, la confiance et l’encouragement sont rapidement devenues des caractéristiques naturelles des relations, bien au-delà des moments d’étude. L’un des textes étudiés ensemble, Lueurs d’espoir, a profondément touché les participants à travers l’histoire de Kibomi, un jeune garçon qui, après avoir perdu sa famille dans la guerre, choisit l’amour plutôt que la haine.
« Nous avons été créés pour aimer, pas pour haïr. »
cette phrase s’est fait entendre tout au long du camp – pendant les séances d’étude, les matchs de football, les repas partagés et même dans les moments de conflit – illustrant la manière dont les principes spirituels peuvent éclairer jusqu’aux réalités difficiles de la vie quotidienne. À leur retour chez eux, certains parents ont décrit leurs enfants comme plus attentifs, plus reconnaissants, plus disposés à aider et enthousiastes à l’idée de partager les chansons et les histoires qu’ils avaient apprises ensemble.
Une génération qui donne à la suivante les moyens d’agir : camp d’été à Differdange
Ensemble, les jeunes ont pris part au processus de formation de l’Institut Ruhi, qui embrasse trois étapes successives de développement : l’éducation spirituelle des enfants, l’habilitation spirituelle des préjeunes et le développement, chez les jeunes et les adultes, de capacités pour le service. Durant ce camp, ils se sont plus particulièrement attachés à apprendre comment animer des classes portant sur des qualités spirituelles afin d’accompagner de plus jeunes enfants dans leur développement.
Les jeunes ont réfléchi à des questions telles que : comment pouvons-nous inclure davantage d’enfants et de familles ? Comment pouvons-nous renforcer nos communautés locales ?
« Ici, j’ai appris toutes les qualités humaines importantes, comme la véracité, qui est le fondement de toutes les vertus humaines. Lorsque nous étions plus petits, dans nos propres classes d’enfants, nous avons appris à mettre ces vertus en pratique dans notre vie quotidienne. Aujourd’hui, je ressens le besoin de les enseigner à mes petits frères et de transmettre ces valeurs à d’autres enfants, parce qu’au fond, nous faisons tous partie d’une seule grande famille humaine »
– a expliqué un participant de 15 ans, soulignant l’influence particulière que les jeunes peuvent exercer les uns sur les autres.


Au fil du camp, les jeunes ont assumé une responsabilité croissante dans la planification des activités, l’accompagnement des préjeunes et la consultation collective. Les adultes se sont progressivement mis en retrait, leur laissant l’espace nécessaire pour prendre des initiatives, faire des erreurs, apprendre de l’expérience, prendre des décisions ensemble et gagner en confiance.
Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il était important de donner de son temps pour accompagner les plus jeunes, un tuteur de 17 ans a répondu :
« Dans la manière dont j’ai été élevé, le service aux autres est essentiel et occupe une place centrale dans la vie : c’est notre raison de vivre. C’est pour cela que je consacre mon temps à ces activités, afin d’accompagner les générations plus jeunes. »
« Pour un jeune de 12 ans, voir un adolescent plus âgé servir, consulter et assumer des responsabilités lui donne une vision de ce qu’il pourrait lui-même devenir »,
– a expliqué l’un des accompagnateurs adultes –
« Leur influence ne vient pas de l’autorité, mais de la force de leur exemple, de leur capacité à devenir des modèles positifs. »


À une époque où les questions de cohésion sociale et de bien-être des jeunes occupent une place croissante dans le discours public au Luxembourg, ces expériences ouvrent une autre perspective. Ouvert à des participants de toutes origines culturelles ou religieuses, ce processus illustre comment une éducation morale et spirituelle peut cultiver des vertus et développer des capacités tout en respectant les convictions et les différences culturelles de chacun.
Il offre ainsi un aperçu concret de communautés qui ne sont pas des réalités figées, mais qui se construisent continuellement à travers nos relations et nos actions – dans les quartiers, les écoles et les lieux de travail. Des communautés qui peuvent devenir des espaces où les jeunes assument progressivement un rôle de protagonistes, deviennent dans leur vie quotidienne des « artisans de paix » et contribuent activement à l’édification d’une société plus juste et plus unie.



